Sédimentation Des Extremes

Publié par le 27 fév 2013 dans Actualités | commentaires

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Les valeurs. Voilà un terme bien difficile à définir. Valeurs morales, valeurs culturelles, valeurs philosophiques, valeurs républicaines. Ceux qui les brandissent se trouvent souvent acculés à devoir préciser ce qu’ils entendent par ces mots et ces idées.

Force est de constater qu’ils se heurtent systématiquement aux écueils sémantiques que leurs contradicteurs opposent à leurs cris trop souvent réduits à des slogans.

Vous avez le sentiment d’une islamisation de nos sociétés ? Qu’avez-vous contre les Arabes et les musulmans ?

Vous craignez la rupture du lien social dans les banlieues ? Que proposez-vous pour lutter contre le chômage des jeunes et la stigmatisation des immigrés et de leurs descendants ?

Vous redoutez un Iran nucléaire et ne comprenez pas la pusillanimité de nos dirigeants face au projet des Dr Folamour enturbannés ? Commencez par désamorcer le conflit israélo-palestinien et tous les nuages sombres laisseront place à un soleil éclatant.

Black-out

Chaque angoisse, chaque inquiétude, chaque doute trouvera des réponses anesthésiantes chez les innombrables leaders d’opinion qui occupent les postes-clés des canaux d’information.

Ces gens-là ne réalisent pas à quel point, en ne répondant pas à ces interrogations, en détournant les préoccupations profondes de nos concitoyens, ils font le terreau d’un extrémisme qui, lui aussi, se rajoutera à un climat déjà délétère.

L’exemple le plus criant, en France, est représenté par le Front National. Ce parti ne rassemblait que moins de 1% de l’électorat dans les années 1970. Le voilà qui flirte avec les 20 à 25% de nos jours.

Ce faisant, et parce que personne n’a voulu répondre aux problématiques qu’il posait, choisissant plutôt une diabolisation trop simpliste de ses dirigeants sans tenir compte des électeurs qui étaient derrière, voire son instrumentalisation, voilà le FN cultivant sa vitrine de respectabilité avec des représentants bien propres sur eux et devenus incontournables dans le débat politique.

C’est cela, la sédimentation des extrêmes. Le FN est désormais enchâssé dans le spectre politique avec une frontière de plus en plus floue entre lui et les partis républicains. Le continuum entre ses idées et la frange droite de l’UMP est aujourd’hui une réalité et les petites compromissions électorales sont devenues courantes.

Le problème, c’est ce qui se passe à la surface, au-dessus de ces couches telluriques, battue par les vents de l’Histoire et des changements sociétaux. De nouveaux mouvements apparaissent, remplaçant ce qu’était le FN il y a 40 ans : Bloc identitaire, Jeunesses nationalistes, Renouveau français, etc. Ces mouvements répondent aujourd’hui à toutes les peurs plus ou moins rationnelles face aux mutations de la société.

Qui sait ? Finiront-elles, elles aussi, phagocytées par un parti plus respectable et remplacées par d’autres ? Et ainsi de suite ?

Et à gauche ?

De la même façon qu’on a traditionnellement considéré Staline comme moins monstrueux qu’Hitler, le dictateur de l’URSS bénéficiant du statut alloué aux membres du camp des vainqueurs, les partis d’extrême-gauche sont curieusement considérés comme moins dangereux que le FN. Ils ne sont pourtant que son pendant de l’autre côté de l’arc politique.

Ils paraissent bien plus sympathiques aux yeux des leaders d’opinion sus-cités et sont accueillis avec bien plus de bienveillance sur les plateaux de télévision, sourires complices et tapes amicales à l’appui.

Hélas ! Outre leurs programmes économiques délirants, ils véhiculent bel et bien, eux aussi, une idéologie d’affrontement où l’on ne pense qu’à dresser des groupes humains les uns contre les autres. Eux aussi sont les sédiments de mouvances qui ont plus ou moins soutenu, il y a quarante ans, le maoïsme avec sa folie orwellienne, le génocide cambodgien (oh ! Les pauvres, ils n’ont pas su sur le moment), la bande à Bader et autres Brigades Rouges.

Pas que chez nous

Et pendant ce temps-là, à 4000 km de nos douces contrées, les inventeurs du terrorisme moderne, les premiers détourneurs d’avion, les assassins de Léon Klinghoffer, retraité juif américain paraplégique en vacances sur l’Achille Lauro, réussissaient, eux aussi, leur sédimentation en quelques années.

Bardé de son prix Nobel de la Paix, Yasser Arafat pouvait laisser la main aux nouveaux extrémistes du Hamas pour poursuivre son œuvre terroriste. En costume-cravate, ses successeurs sont accueillis dans les instances internationales pour asseoir leur respectabilité.

Mais rien n’est dit quant à leurs encouragements à la haine des Juifs (des Juifs, pas des Israéliens), à l’abri des caméras et des micros, distillée sur les médias palestiniens et bien enfoncée dans la tête de leur progéniture grâce à des programmes scolaires qui ne parlent pas que de la circulation sanguine, et à des «camps de vacances» étrangement comparables à ceux des Jeunesses hitlériennes.

D’aucuns enjoignent Israël à composer avec le Hamas alors que l’Etat hébreu n’en a pas fini de digérer son interlocuteur «respectable» qu’est l’Autorité Palestinienne. Une sédimentation en accéléré, en somme. À l’image du monde moderne où tout doit aller de plus en plus vite.

So what ?

Pourquoi parler de tout cela et en quoi cette sédimentation des extrêmes pose-t-elle problème ?

À chacun d’y réfléchir mais il est probable qu’une terre fertile ne saurait être composée de couches superficielles empoisonnées.

Chaque fois qu’on laisse les idées toxiques rejoindre le champ du «normal», chaque fois que l’on considère qu’elles font partie du «fait accompli», on participe, qu’on le veuille ou non, à la détérioration des valeurs (Tiens ! Les revoilà) qui font avancer l’humanité et on laisse la place à celles qui tendent à la tirer vers le bas.

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Darfour Course des héros

Publié par le 21 fév 2013 dans Actualités | commentaires

Primo se joint volontiers à cet appel du Collectif Urgence Darfour

Chers amis de Primo,

Je viens vous présenter un projet qui me tient à coeur.

Je viens vers vous parce que je vous connais et je sais que vous êtes à même de soutenir ce projet et de diffuser ce mail afin de créer une chaîne de solidarité.

Je participe à une course solidaire pour le Collectif Urgence Darfour.

Outre nos actions de mobilisation de la société civile, nous avons deux nouveaux projets à la suite du récent voyage de notre président le Dr Jacky Mamou dans la région:

-la fourniture de matériel scolaire aux écoliers des camps de réfugiés darfouris au Tchad.

-l’envoi de matériel médical et chirurgical dans les centres de soins des Monts Noubas.

Vous pouvez soutenir le projet de deux façons.

C’est très simple, il vous suffit de cliquer sur ce lien: http://coursedesherosparis2013collectifurgencedarfour.alvarum.net/

1/ Soit vous souhaitez courir dans mon équipe et participer à la collecte auprès de vos amis, voisins, collègues, famille pour soutenir nos projets.

Vous cliquez sur: « s’inscrire » en haut à droite.

Pour participer il faudra vous inscrire sur la plateforme alvarum et régler 12 Euros. Vous aurez alors un beau dossard de héros.

Vous pouvez alors commencer à réaliser votre premier défi: recueillir autour de vous les 200 euros minimum pour participer à la course.

Le 16 juin,vous relèverez votre deuxième défi en venant courir, marcher ou voler au Parc de Saint-Cloud sur 6km.

2/ Soit vous m’aidez à collecter des fonds pour nos projets en faisant un don sur ma page et en sollicitant ces mêmes personnes à faire également un don.

En plus de ma gratitude, vous recevrez bien sûr un reçu CERFA ouvrant le droit à des réductions d’impôts.

De toute façon on se retrouve à la fin de la course pour trinquer à la santé des héros!

N’hésitez pas à me poser toutes les questions qui pourront vous éclairer sur cette course.

Je serai très heureuse de partager ce moment de solidarité avec vous.

Merci de votre participation!

Caroline Madsac

vice-présidente du Collectif Urgence Darfour

0625553989

Voir le site http://collectifurgencedarfour.com/

Course des Héros Paris 2013 Collectif Urgence Darfour

Participate with us and raise funds for Collectif Urgence Darfour

Collectif Urgence Darfour © Primo, 21-02-2013

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Les 10 Ans De Primo

Publié par le 15 jan 2013 dans Actualités | commentaires

C’est l’inspiration d’une petite équipe qui a permis à Primo de voir le jour le 8 décembre 2002.

Le contexte de l’époque était celui d’une Intifada incompréhensible, initiée deux ans plus tôt et manipulée par Yasser Arafat comme vient de le reconnaître sa veuve.

Incompréhensible parce qu’en totale opposition à l’esprit d’Oslo et à contre-courant d’une Histoire qui se voulait en marche vers la paix.

Incompréhensible mais très curieusement décryptée par les canaux d’information français de l’époque qui, très vite, avaient choisi l’inversion des valeurs en faisant porter tous les maux de la terre au seul Israël, emboîtant le pas d’une doxa internationale à l’origine de résolutions onusiennes systématiquement opposées à l’Etat hébreu.

Très minoritaires mais profitant d’un Internet naissant, nous étions quelques dizaines à interpeller les médias et les politiques pour leur faire part de notre ahurissement devant la dérive orwellienne qui s’opérait. L’agresseur devenait l’agressé, l’obscurantisme devenait le progressisme et les vociférateurs devenaient les penseurs.

Mais nos cris de protestation, noyés dans un océan de pensée unique, avaient la portée de tirs de sarbacane inoffensifs face à une armada de networks riches et puissants.

L’idée de Pierre Lefebvre, issu du monde protestant, captant au vol tous ces messages circulant sur Internet, fut de fédérer toutes ces volontés autour d’une association de type loi 1901, susceptible d’ester en justice le cas échéant, d’organiser des conférences d’information, de publier des ouvrages, etc.

Le choix du nom de notre association n’était pas anodin, Primo étant l’acronyme de « Pour le Rééquilibrage de l’Information sur le Moyen-Orient » puisque c’était le déséquilibre de cette information qui crevait le plus les yeux. Nous n’avons jamais revendiqué un statut d’objectivité. Nous avons simplement défendu le droit des citoyens d’avoir accès à des données historiques et à des éléments d’actualité complètement occultés par les organes de presse et de l’audiovisuel.

Une liste exhaustive de toutes nos actions serait fastidieuse mais en tapant certains mots-clés sur notre site (Editions Delagrave, Arte, Flammarion, Club Méditerranée, etc.) quiconque peut avoir accès aux résultats obtenus par Primo au cours de cette décennie. Un livre est paru aux éditions Yago, « Ilan Halimi, le canari dans la mine » dont les bénéfices et droits d’auteur de la première édition ont permis de verser la somme de 11.000 euros à la fondation Hattie Friedland, à Jérusalem, qui travaille avec les enfants sourds israéliens et arabes palestiniens.

Très vite, nous avons compris à quelle unicité obéissaient le contexte géopolitique international et les modifications sociétales européennes. C’est ainsi que, très naturellement, notre champ de réflexion s’est étendu bien au-delà du théâtre proche-oriental.

Ce faisant, nous nous sommes faits beaucoup d’ennemis car la caractéristique principale de Primo se révéla être l’intransigeance : refus de transiger à propos des vérités historiques, du racisme et de l’antisémitisme, des diktats religieux de tout bord.

C’est ainsi que nous sommes traités de fascistes par certains journalistes avec, en tête de liste, l’inénarrable Monde Diplomatique. Notre faute ? Celle de nous interroger sur l’origine de la nation palestinienne, de mettre en doute l’existence même du peuple palestinien, d’analyser les raisons qui ont conduit un Nasser vaincu en 1967 à instrumentaliser cette « cause », de démonter les mécanismes qui ont permis de passer en 45 ans d’une construction purement artificielle à une reconnaissance internationale.

Se poser simplement ces questions fait de nous des fascistes aux yeux d’Alain Gresh ou de Dominique Vidal. Il est vrai que la reductio ad hitlerum permet d’escamoter tout débat et le point de Godwin est le moyen le plus pratique qu’ont trouvé nos détracteurs pour ne pas avoir à répondre de leurs contradictions.

Mais nous sommes aussi des « neuneus » de gauche pour d’autres quand nous refusons de condamner tous les musulmans, quand nous estimons que même si l’Islam peut poser un problème au sein des démocraties, les musulmans ne peuvent en être ontologiquement responsables. Dénoncer les « mares aux cochons » qui organisent des soupes populaires interdites aux musulmans (et aux Juifs également en tant que victimes collatérales !) est de notre devoir également.

Nous défendons le droit au blasphème, celui de discuter du contenu philosophique de l’Islam comme des autres religions. Nous souhaitons ardemment l’aggiornamento de l’Islam et nous faisons, chaque fois que l’occasion nous en est donnée, la promotion des réformateurs musulmans. Nous condamnons, en revanche, l’acharnement de ceux qui font de ce débat une « chasse aux bougnoules » et qui prétendent, sans rire, pouvoir priver 1,2 milliard d’êtres humains de tout espace de spiritualité.

C’est cette ligne de crête, si difficile à défendre, qui fait notre différence. Ces apparentes contradictions sont notre humanisme. Le monde est complexe et nous ne sommes pas prêts à endosser les positions binaires que d’aucuns nous enjoignent d’adopter.

Dix ans après, nous n’avons pas à rougir de notre bilan. Certes, le paysage international et sociétal n’a rien de réjouissant. Il paraît même bien plus inquiétant qu’en 2002.

Mais, depuis, un sillon a été creusé. Celui où l’on peut faire germer les graines de la compréhension du monde compliqué qui nous entoure. Nous pensons humblement y avoir un peu contribué.

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Entretien G Bensoussan 2 @ 24.6.2009

Publié par le 10 mai 2009 dans Actu 2009, bensoussan | commentaires

Un entretien Primo avec Georges Bensoussan (2)

Lire Partie 1

Primo : Est-ce à dire qu’après le Christianisme d’avant Vatican II, c’est aujourd’hui l’Islam qui se cherche au travers de l’antijudaïsme musulman ?

Georges Bensoussan : Au-delà des sophismes connus (“Comment un sémite pourrait-il être antisémite ?”), l’antisémitisme a toujours désigné la haine des Juifs, et des Juifs seuls. Il n’ya pas de « race sémite » ni de peuples sémites, mais seulement des langues sémitiques. Seuls les racistes parlent de peuples sémites.

L’attitude du monde arabo-musulman vis-à-vis des Juifs n’est ni uniforme, ni monochrome. Elle est faite d’éléments enchevêtrés qui ont beaucoup muté depuis un siècle. Evoquer des relations idylliques est une première erreur historique.

Pour autant, le monde arabo musulman du XIX ème siècle n’a pas connu une judéophobie comparable à celle de l’Europe chrétienne. Même s’il y eu, ici ou là, des émeutes, des pogroms, et surtout une longue discrimination vis-à-vis des Juifs, comme envers les chrétiens, soumis, protégés, donc inférieurs : les dhimmis.

Mais davantage envers les Juifs que les chrétiens, car les Juifs ne disposaient d’aucune puissance à laquelle s’adosser. Tandis que les chrétiens étaient plus ou moins défendus par les puissances européennes. C’est pourquoi tant de Juifs des pays arabes ont cherché à se mettre sous leur protection, en tant que protégés consulaires…..

Primo : Ce n’est tout de même pas l’idéal, contrairement à ce que ne cesse de dire E. Benbassa.

Georges Bensoussan : Ce statut de protégé était la seule façon d’échapper à l’arbitraire musulman. Car, alors, au pénal au moins (puisque la semi autonomie des communautés juives leur fait disposer au civil de leur propre justice), il n’y a pas de justice pour un Juif dont le témoignage ni la voix ne valent rien dans un tribunal musulman.

A fortiori contre un plaignant musulman. Tous les historiens de ce monde connaissent ce système qui est un déni de justice inscrit dans la pratique de la loi.

C’est pourquoi le colonialisme a souvent été vécu par ces dominés là comme une délivrance. L’Occident n’est certes pas venu là pour les libérer, mais au passage, la Loi de l’Occident colonisateur a pu amoindrir leurs souffrances.

C’est aussi pourquoi ces communautés juives, du Maroc à l’Irak, ont tant redouté le moment de l’indépendance arabe dont elles craignaient qu’elle ne fut synonyme du retour de l’arbitraire, de la violence et de la soumission. Elles n’imaginaient pas la purification ethnique qui eut lieu dans plusieurs pays, mais jamais, sauf cas d’espèce (Egypte en 1956 par exemple), sous la forme d’une expulsion en bonne et due forme.

C’est aussi pourquoi la colonisation eut indirectement quelques bienfaits pour les humiliés de toujours qu’étaient en Orient les femmes et les Juifs. Et pas seulement eux. Mais pour tous les privés de droits qui étaient légion dans ce monde fermé aux Lumières.

Primo : Quel rapport avec le conflit du Moyen-Orient, est-on tenté de demander ?

Georges Bensoussan : Ce conflit, qui a plus de cent ans, interroge aussi l’antijudaïsme arabe et musulman. Un antijudaïsme qui se manifeste de plus en plus durement au XXème siècle, mais qui n’est pas seulement lié à ce conflit.

Incontestablement, le problème de la Palestine préoccupe le monde arabe bien avant 1948, dès la déclaration Balfour même (1917), et a fortiori après les émeutes arabes de 1929 à Jérusalem et le pogrom perpétré à Hébron qui vit la communauté juive locale (sans rapport avec les sionistes) détruite de fond en comble.

Dans le monde arabe, la date du 2 novembre (déclaration Balfour) par exemple, fut longtemps synonyme de deuil. Des pogroms ont éclaté en Libye et en Egypte le 2 novembre 1945 …

La question de Palestine radicalise la violence antijuive du monde arabe. Mais elle ne la crée pas. Deux raisons profondes en effet sont ici à l’œuvre qui échappent à la conjoncture palestinienne.

Primo : Les bien-pensants, selon vous, ne voient pas la réalité pour deux raisons. Lesquelles ?

G.B. : La première raison concerne le statut du dhimmi.

Le statut de dhimmitude, précisons le, n’a rien à voir avec le racisme au sens européen du terme. Il s’agit d’une stigmatisation érigée en système politique.

Quand le Juif se débarrasse de la dhimmitude, un statut de demi-homme, protégé et inférieur, l’ édifice psychique de l’ordre arabo musulman semble vaciller sur ses bases.

Comme si, sous peine de voir s’effondrer ses repères, ce monde là devait ramener le Juif à sa condition de dhimmi. Un statut de soumis plus ou moins méprisé, mais toléré à la condition qu’il accepte sa place. Cela fait partie de ces évidences que l’on ne discute même plus.

Pour le comprendre, il faut faire une plongée historique dans le passé relativement récent du Yémen et du Maroc par exemple vers 1900. Nombre de nos blocages dans la compréhension du conflit peuvent alors être levés.

Le Juif d’alors est cet être méprisable auquel l’on confie les taches de plus bas étage. Qu’on lise les récits des témoins oculaires,et des voyageurs, sur le Yémen en particulier.

Or, voici que ce « fils de la mort » (c’est l’une des dénominations classiques du Juif en terre arabe) prétend s’installer sur une terre décrétée musulmane « de toute éternité ». Non seulement s’y installer, mais y édifier un Etat et même, qui plus est, venir à bout des armées arabes voisines au cours des conflits successifs.

Que des Juifs- décrétés depuis toujours indignes de porter des armes (dans cette mythologie sexiste ils sont systématiquement assimilés aux femmes), que ces demi portions infligent une défaite à des Arabes, alors l’ordre symbolique s’effondre et le monde est sens dessus dessous.

La seconde racine renvoie à la crise identitaire d’un monde qui a manqué la révolution des Lumières (cf. Bernard Lewis). Qui a raté le tournant de l’Occident.

Mais qui, par le truchement de ses couches instruites et cultivées, a pris conscience de cet échec et de ce retard (il y eut plusieurs tentatives arabes des Lumières, comme des mouvements de renaissance littéraire dans les années 1900-1930, en Egypte et en Irak notamment, qui furent extrêmement prometteurs), de ce fossé tant sur le plan des mentalités que sur celui de la technologie et de l’ouverture au monde.

Ecartelé entre sa culture d’origine et une culture d’Occident qu’il admire, envie et déteste en même temps (un sentiment de haine-amour on ne peut plus banal mais aussi on ne peut plus difficile à gérer), le sujet juif-ex dhimmi revient ici comme focalisation de la crise identitaire.

Primo : Alors quoi, un vieux complexe d’infériorité refoulé ?

G.B. : Le monde arabo musulman comme le monde chrétien ne peuvent pas ne pas voir dans le signe juif le signe de l’origine. C’est évidemment plus net dans la liturgie chrétienne, le christianisme étant issu né du judaïsme. Ce qui n’est pas vrai dans ces termes au moins de l’Islam. Mais il s’agit tout de même des deux sphères monothéistes inspirées de la religion juive originaire.

Ce qui évoque la formule de Daniel Sibony selon lequel dans l’origine de la haine il y a toujours une haine de l’origine.

Primo : On parle de crise identitaire pour des groupes humains mais chez des êtres tels que Fofana, où se situe la fracture ?

G.B : On épouse toujours les canons de la société d’accueil. Dans le Maghreb colonial, et pré colonial, on note, comme les fonctionnaires français par exemple le relèvent fréquemment, « un mépris constant pour le juif ».

Cet antijudaïsme traditionnel a été transplanté en France. Il est devenu une norme dans ces cités dites « quartiers sensibles ». Quand l’intégration est ratée, et vous citez à raison le cas du tueur d’Ilan Halimi, la crise identitaire s’habille selon les normes en vigueur : le Juif a l’argent, les médias, le pouvoir. Le malaise est une éponge, il épouse l’air du temps. Le seul élément structurant demeure le ressentiment : on s’intègre par le rejet.

Primo : Que l’on retrouve chez Dieudonné ?

G.B. : Cette affaire interroge moins l’antisémitisme en France que l’Etat et la solidité du socle républicain. Pourquoi sa « liste antisioniste » a-t-elle été validée?

Pour des raisons où se mêlent le social et l’intime qui n’appartient qu’à lui, Dieudonné incarne la force destructrice du ressentiment. Celui là même qu’on retrouve chez beaucoup d’activistes antisémites du passé, et chez quasiment tous même.

Socialement parlant, lui et sa petite équipe représentent ce que Georges Bernanos disait du régime du « premier Vichy » de 1940, une « révolution des ratés ».

Se vit-il comme un artiste manqué qui n’aurait pas eu la carrière (ni fait les films) dont il rêvait ? Ce ressentiment, mélange de sentiment d’impuissance et d’injustice, et ici plus précisément confluent de ratage social et de crise identitaire, se conjugue à d’autres paramètres encore pour former le potentiel explosif d’aujourd’hui.

Dieudonné n’invente rien. Comme tous les miroirs de la crise, il coalise des éléments de malaise épars dans notre société pour en faire la force marchante d’un ressentiment qui épouse les formes classiques du rejet. Au premier chef le rejet du Juif comme symbole du pouvoir.

Son discours est identique à celui des antisémites de rue des années 1890 en France, ceux qu’on nommait les « bouchers de la Villette », les troupes de l’« antisémitisme plébéien » de Jules Guérin ( qui aboutira au Fort Chabrol de l’affaire Dreyfus), de la Ligue antisémitique du Marquis de Morès, toute une mouvance qui fournit les troupes de choc de l’antidreyfusisme et qui voit en Edouard Drumont un maître à penser.

Cette famille de l’antisémitisme plébéien et populiste se retrouve chez Dieudonné et ses soutiens. Mais pas seulement. Cette coalition compte une dimension nouvelle, celle de cette partie de l’immigration maghrébine qui, par rejet des Juifs, a voté en sa faveur le 7 juin dernier.

L’étude des résultats montre en effet l’adéquation de ses bons scores et des quartiers de forte immigration qui sont travaillés par d’énormes problèmes sociaux. Ce sont les mêmes quartiers qui explosèrent à l’automne 2005 en Ile de France.

Cette liste n’aurait fait dit-on « que » 36 000 voix. Marginal, certes, mais davantage que Lutte Ouvrière, une organisation structurée qui présente des candidats depuis plus de 35 ans.

Et dans toutes les communes d’Ile de France, cette « liste antisioniste » est très loin de s’être classée dernière des 18 listes en présence.

Primo : Fallait-il interdire cette liste ?

G.B.: Son invalidation posait problème. Beaucoup ont eu peur qu’on n’invoque le « lobby juif », ce qui n’aurait pas manqué, dit-on, de « réveiller » l’antisémitisme. C’est donc qu’il était là ? Or, il y avait motif à invalidation : l’incitation à la haine raciale d’un « programme » sommaire qui était un condensé d’antisémitisme rabique.

Sa validation nous fait remonter aux élections d’avril-mai 1936, celles qui vont porter le Front Populaire au pouvoir. Ce sont les dernières où s’était présenté un candidat ouvertement antijuif. A Paris, il s’agissait de Darquier de Pellepoix, le futur patron du Commissariat général aux questions juives en 1942.

Comment la République française peut-elle à la fois défendre avec conviction le devoir de mémoire, parler avec sincérité, nul n’en doute, de vigilance, et permettre en même temps à une liste antisémite de se présenter le plus légalement du monde aux suffrages ? Le message est faussé.

Cette inanité rappelle la vanité du « devoir de mémoire » : en 1994, pendant que se perpétrait le génocide des Tutsi au Rwanda, le premier Ministre français de ce temps, Edouard Balladur était en visite en Pologne. Dans l’ancien camp d’Auschwitz, il prônait le devoir de mémoire et appelait à la vigilance en concluant évidemment par la formule fétiche : « Plus jamais ça ».

Mais « ça » recommençait au même moment au Rwanda. Et ceux qui avaient les moyens d’intervenir se sont gardés de le faire et ont fermé les yeux. A infiniment plus petite échelle, l’affaire Dieudonné montre à tous ce qu’est une mémoire vaine quand on se paye de mots sur le dos d’une souffrance, elle, hélas, bien réelle.

Tout ça n’a pas fait la une des journaux, parce que moins on en parle mieux c’est comme on le chuchotait ici et là. Même si toute l’histoire du siècle écoulé nous montre la sottise d’un tel raisonnement.

Primo : Indifférence ? Démission ?

G.B.: Ce silence sur cette liste fut de même nature que celui qui entoura l’affaire de la synagogue de Metz en janvier 2009. De l’indifférence ? Je ne crois pas. Cette liste a scandalisé, en France, à l’étranger, bien au-delà des cercles étroits la communauté juive.

Mais il reste désormais cette tache, inscrite : en Ile de France, chaque électeur a reçu par la poste, sur l’argent du contribuable, des documents électoraux inspirés par la seule haine antijuive.

Dans le cadre de la République, il ne s’est trouvé aucune autorité pour bloquer cette infamie. Mais on eut droit, comme souvent quand la politique est rabaissée au rang d’un divertissement, à des effets d’annonce. Suivis de rien. Juste de quoi discréditer la politique, encourager l’abstention et le populisme.

Primo : vous pensez que le réveil sera pénible ?

G.B.: On peut duper un temps. Comme le disait Churchill on peut tromper « un peu, et un moment, mais pas tous et pas tout le temps ».

Le réveil aura lieu. Mais à quel prix ? Et après quel désastre pour solde de tout compte ? La tactique qui consiste à penser que se taire enterrera le danger marie naïveté et lâcheté comme si le fait de ne pas en parler avait jamais empêché un problème d’exister.

Avant avril 2002, le PS pensait que moins on parlait des violences antisémites dans les banlieues, mieux ce serait. La situation, loin de s’apaiser, est allée en s’aggravant.

Entretien réalisé par Josiale Sberro & Véronique Lippmann © Primo, 24 juin 2009

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Scoop : le Nouvel Obs découvre la rigueur

Publié par le 19 mai 2013 dans Actualités | commentaires

Sous le titre « Thomas Fabius, son appart et sa garde à vue bidon : le danger du « tous pourris » », le Nouvel Obs s’est fait remarquer le 3 mai 2013 par sa vertueuse indignation contre les rumeurs non vérifiées lancées sur Internet à l’encontre d’innocents politiciens… ou fils de.

Le « chroniqueur politique » auteur de cette moralisation des ondes se nomme Thierry de Cabarrus et l’hebdomadaire où il émarge a été épinglé à de nombreuses reprises par Primo pour son rapport fantaisiste avec les faits.

Cela ne l’empêche de donner des leçons de déontologie avec la même morgue que feu Khadafi des leçons de respect des droits de l’homme :

« Oui, quoi qu’en disent des Français soupçonneux, déprimés et prompts désormais à s’enflammer d’indignation contre les élites, ces aristos d’une monarchie quinquennale finissante (personnalités issues des mondes de la politique et des médias) qui s’en mettraient plein les poches, les journalistes servent encore à quelque chose », écrivait le redresseur de torts touché par la grâce.

Voilà une bonne nouvelle, qui nous remonte le moral !

Le Nouvel Obs aurait-il décidé de croiser ses sources ? De vérifier ses informations ? Même celles qui concernent le Moyen-Orient ?

Aurait-il brusquement compris que lorsque l’on prétend rendre compte d’un conflit, il vaut mieux donner la parole aux deux côtés ?

Aurait-il pris conscience que reproduire in extenso la version d’un des adversaires et prétendre équilibrer le propos en donnant celle d’un collabo d’icelui relève de la malhonnêteté intellectuelle ?

Aurait-il résolu de publier désormais même les nouvelles qui donnent une vision positive d’Israël, même celles qui ne vont pas dans le sens des Palestiniens ?

Las… Le Nouvel Obs reste la Pravda du pauvre !

Les rumeurs mensongères propagées par les réseaux sociaux qu’il s’évertue à rectifier ne sont pas celles qui incitent ses lecteurs à descendre dans la rue avec des pancartes « Mort aux Juifs ». Celles-la peuvent continuer tranquillement leur vie de propagande haineuse dans ses colonnes : les soldats israéliens supposés violer les jeunes Palestiniennes afin d’inciter leurs ombrageux frères à les exécuter pour laver les « crimes d’honneur », Jeningrad et ses tombereaux de cadavres enterrés dans des charniers fantasmatiques, les « humanitaires » du Mavi Marmara violemment attaqués par les marins venus les arraisonner…

Tout ce qui peut inciter à la haine d’Israël fait vendre… euh, fait ventre.

Mais alors que rectifie le Vieux Stalinien ?

De mauvaises langues auraient prétendu que Thomas Fabius avait été mis en garde à vue dans le cadre de l’affaire de son appartement à 7 millions d’euros. L’organe du Parti s’élève violemment contre une aussi mensongère assertion, qui pourrait nuire l’image de vertueuse transparence des ministres de « Moi-président-Je ».

Rappelons-le, il s’agit du fils d’un apparatchik et non de l’apparatchik lui-même.

Le chroniqueur politique de l’Obs n’a manifestement pas été convaincu par les paroles portées par la porte-parole du gouvernement, laquelle précisait que « cette affaire (concernait) Monsieur Fabius, prénom Thomas, qui (n’était) pas membre du gouvernement » et qu’il était « important de ne pas tout mélanger ».

Mais n’est-ce pas précisément ce que faisait Monsieur de Cabarrus lorsqu’il taclait ses confrères d’un ton docte : « Donc, Thomas Fabius est à ma connaissance toujours libre de ses mouvements même si la justice semble en effet s’intéresser à lui. »

Le fait qu’un jeune chômeur de 31 ans puisse se payer un appartement de cette valeur ne soulève en rien la curiosité journalistique. Ce qui compte, c’est que des Twits ont prétendu qu’il était en garde à vue, et c’était même pas vrai. Quel scandale !

Déontologie à géométrie variable

Imaginons, juste pour rire, que le fils d’un président en exercice ait été pressenti pour diriger une société d’économie mixte, disons l’Epad.

Supposons que ce président n’ait pas été socialiste.

Imaginons de surcroît que les réseaux sociaux aient mentionné de façon erronée que son fils avait raté trois fois son bac.

Le chroniqueur politique de l’hebdo socialiste aurait-il eu le même souci de la rigueur et se serait-il fendu d’un rectificatif vertueux aussi pontifiant ?

Le danger du ‘’Tous Pourris’’ ne guette pas les observateurs de la déontologie à géométrie variable et à mémoire difforme de l’hebdo-socialo : quand on analyse les médias, comme le fait Primo depuis sa création, on sait que les journalistes ne sont pas TOUS pourris.

Mais ce n’est pas en lisant le Nouvel Obs qu’on peut s’en rendre compte.

Liliane Messika © Primo-Info, 13 mai 2013 

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Le site de Primo devient dynamique

Publié par le 12 mai 2013 dans Actualités | commentaires

Chers amis, comme vous voyez, le site de Primo s’est modernisé. Il a déménagé de primo-info.eu vers primo-info.com, quittant au passage le mode « vieux site statique bricolé maison » pour être propulsé par le très performant WordPress. Normal, Primo existe depuis 2003 et le Web a considérablement évolué, nous suivons Internet et ses possibilités.

La mission du prestataire internet en charge a moins été une question de WebDesign que celle d’une mission de sauvetage. Il fallait pouvoir récupérer des milliers de fichiers html et les réinjecter dans une base de données moderne. Il fallait pouvoir transformer un site Web statique en site Internet dynamique WordPress, navigable, avec un système de gestion des contenus en ligne (CMS) par une équipe de rédacteurs. Mais considérez le site encore inachevé. Car il reste encore un gros travail de classement et de nettoyage à réaliser : répartir près de 3000 articles dans les bonnes rubriques, marquer (tagguer) les billets, retrouver des images perdues avec le temps et nettoyer des liens obsolètes, etc, etc. Améliorer, refondre, transformer, tendre vers la perfection.

Un immense chantier demeure et oblige l’équipe de Primo à un travail de fourmi. C’est pourquoi nous sollicitons votre indulgence quant aux erreurs possibles et un peu de patience. Nous ne voulions pas vous faire languir plus longtemps, aussi nous vous le rendons en parfait état de lecture.

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Protection Peuple Touareg

Publié par le 5 avr 2013 dans Actualités | commentaires

Face à la situation dramatique que vivent les populations de l’Azawad livrées à la barbarie de l’armée malienne, Tamazgha appelle à un rassemblement de solidarité avec les Touaregs le samedi 6 avril 2013 à 15h devant l’Assemblée Nationale à Paris.

Depuis l’intervention militaire française dans le Sahel, les militaires maliens se livrent à des exécutions extra-judiciaires de civils « à peau claire » sur une base racialiste, ils pillent ou détruisent les moyens de survie de ces populations sans défense et ils saccagent leurs habitats.

L’armée française qui a réinstallé les autorités du Mali dans une partie de l’Azawad est jusque-là restée silencieuse et indifférente devant ces massacres des populations civiles. Ainsi, le gouvernement français, par son silence, cautionne les pratiques génocidaires de l’armée malienne.

Tamazgha dénonce ces exactions de l’armée malienne et proteste contre l’attitude des autorités française et exige de ces dernières de cesser de cautionner les pratiques génocidaires de l’Etat malien et prennent les mesures nécessaires pour contraindre son partenaire malien à arrêter immédiatement les massacres.

Un an, jour pour jour, après la proclamation de l’indépendance de l’Azawad par le MNLA, suite à sa libération totale de l’occupation malienne, Tamazgha tient à réitérer sa détermination à être aux côtés de celles et de ceux qui se battent pour l’indépendance de l’Azawad.

La communauté internationale devra reconnaître l’autodétermination de l’Azawad plus que jamais nécessaire et incontournable afin de protéger les Touaregs qui sont la cible particulière de la violence de l’Etat malien.

Rassemblement de Solidarité avec l’Azawad et le peuple touareg

Samedi 6 avril 2013 à 15h

Devant l’Assemblée Nationale

Place du Président Édouard Herriot – 75007 Paris.

Métro : Assemblée nationale (L12) ou Invalides (L8 et 13/ RER C).

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Appel aux consciences républicaines

Publié par le 26 mar 2013 dans Actualités | commentaires

Le moment est grave, nous sommes dans une heure de vérité où la laïcité en France doit absolument être consolidée et réaffirmée, faute de quoi elle subira un recul dramatique.

Rappelons les faits. En conformité avec son règlement intérieur établi sur le principe de « neutralité philosophique, politique et confessionnelle », la crèche Baby Loup de Chanteloup les Vignes a licencié en 2008 l’une de ses employées, au motif qu’elle manifestait ostensiblement son appartenance religieuse par le port d’un voile dit islamique. Le Conseil des prudhommes de Mantes la Jolie en 2010, et la Cour d’appel de Versailles en 2011 ont approuvé ce licenciement.

En ce 19 mars 2013, la Cour de cassation a invalidé ces jugements et lui nie ce droit en affirmant que  » (…) s’agissant d’une crèche privée, (elle) ne peut dès lors, en dépit de sa mission d’intérêt général, être considérée comme une personne privée gérant un service public  » à laquelle le principe de laïcité devrait s’appliquer.

Il ne nous appartient pas comme à tout citoyen respectueux de l’État de droit, de commenter l’arrêt de la Cour, mais nous constatons qu’une crèche qui accomplit depuis 22 ans un travail de terrain extraordinaire, seule en France ouverte 24h sur 24 et 7 jours sur 7, ne peut appliquer la laïcité dans son règlement intérieur pour faire vivre en harmonie enfants et parents de 54 nationalités qui se côtoient entre ses murs.

burka

Cela, notre droit le lui interdit aujourd’hui.

Dans un État laïque, il serait ainsi permis de créer une crèche privée religieuse, mais pas une crèche laïque ? Impérative pour la puissance publique, la laïcité serait interdite aux citoyens et aux structures privées ?

Parce qu’ils sont précisément d’entre nous tous, les êtres les moins pourvus de défense et les plus malléables, les enfants ont droit à la neutralité, garante de leur libre arbitre en formation.

Notre loi doit impérativement être modifiée. Il n’est pas acceptable qu’un organisme dont l’utilité publique n’est plus à démontrer et dont les personnels ont manifesté un dévouement exemplaire à l’intérêt général, soit contraint de céder à des exigences personnelles. Il est inadmissible que ces professionnels soient mis dans l’impossibilité d’exercer une mission de service public dans le respect de la laïcité.

C’est au législateur qu’il revient de remédier à cet état de confusion et de combler ce vide juridique qui, menaçant gravement l’application de la laïcité, principe constitutionnel de notre République, met en péril le vivre ensemble.

Signez l’appel

Premiers signataires :

  • Gilbert Abergel, vice-président du Comité Laïcité République
  • Elisabeth Badinter, philosophe
  • Christian Bataille, député du Nord
  • Jean-Michel Baylet, ancien ministre, Président du parti Radical de Gauche, Sénateur du Tarn et Garonne
  • Abdennour Bidar, philosophe
  • Jean-Pierre Blazy, député du Val d’Oise
  • Jeannette Bougrab, ancienne ministre
  • Thierry Braillard, député du Rhône
  • Martine Cerf, secrétaire générale d’EGALE
  • Gérard Charasse, député de l’Allier
  • Guylain Chevrier, formateur en travail social
  • Roger Cordier, président du Comité 1905 Rhône-Alpes
  • Didier Cros, secrétaire général des libres Penseurs de France
  • Gérard Delfau, sénateur honoraire
  • Harlem Désir, premier secrétaire du parti socialiste
  • Jeanine Dubié, députée des Hautes Pyrénées
  • Olivier Dussopt, député de l’Ardèche
  • Nadia El Fani, cinéaste
  • Philippe Esnol, Sénateur des Yvelines
  • Fanny Ervera, Conseillère générale des Yvelines
  • Olivier Falorni, député de Charente Maritime
  • Alain Finkielkraut, philosophe
  • Elisabeth de Fontenay, philosophe
  • Caroline Fourest, essayiste
  • Philippe Foussier, Grand Orateur du Grand Orient de France
  • Annick Girardin, députée de Saint Pierre et Miquelon
  • Joël Giraud, député des Hautes Alpes
  • Jean Glavany, ancien ministre, député des Hautes Pyrénées
  • Philippe Guglielmi, Conseiller régional d’Ile de France
  • José Gulino, Grand Maître du Grand Orient de France
  • Sihem Habchi, ancienne présidente de NPNS
  • Daniel Keller, président de Fontenay Laïcité
  • Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République
  • Catherine Kintzler, philosophe
  • Françoise Laborde, sénatrice de Haute Garonne
  • Pascal-Eric Lalmy, secrétaire national du PRG à la laïcité
  • Philippe de Lara, philosophe
  • Guy Lengagne, ancien ministre
  • Jean-Pierre Le Goff, philosophe
  • Abdelwahab Meddeb, écrivain, universitaire
  • Jacques Mézard, président du groupe RDSE au Sénat, sénateur du Cantal
  • Dominique Orliac, députée du Lot
  • Henri Pena Ruiz, philosophe
  • Stéphane Saint André, député du Pas de Calais
  • Jacques Samouélian, Président de la Fédération française du Droit Humain
  • Odile Saugues, députée du Puy de Dôme
  • Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre, président du groupe RRDP à l’Assemblée nationale, député du Val de Marne
  • Alain Seksig, inspecteur à l’Éducation nationale
  • Alain Simon, Chargé de la laïcité au Grand Orient de France
  • Malika Sorel, essayiste
  • Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes
  • Paul Thibaud, philosophe
  • Jacques Toubon, ancien ministre
  • Alain Tourret, député du Calvados
  • Michèle Vianès, présidente de Regards de femmes
  • Alain Vivien, ancien ministre

Égale
© Primo, 26-03-2013

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Mère Agnès-Mariam de la Croix

Publié par le 25 mar 2013 dans Actualités | commentaires

France Israël reçoit Mère Agnès-Mariam de la Croix

Jeudi 21 mars l’Association France Israël (AFI) Paris recevait une personnalité inattendue : Mère Agnès-Mariam de la Croix, Higoumène en Syrie, pour une conférence-débat sur le thème : « Situation des Chrétiens en Syrie, quel message pour Israël et pour la France ?»

Dès l’annonce de la réunion, des mails contestant l’intervenante étaient parvenus à France-Israël. Leur contenu, d’apparence diversifiée, posait en fait une seule question : « qui est vraiment l’énigmatique Mère Agnès ? ». D’autres, plus accusateurs, reprenaient les mêmes arguments, mais ne voyaient dans l’intervenante rien d’autre qu’un membre des « légions françaises d’Assad. »

C’est donc avec un sentiment de réserve et de questionnement que nous sommes venus l’écouter. L’amphi se remplit peu à peu et les organisateurs constatent avec plaisir la présence inhabituelle d’un certain nombre de participants chrétiens.

Charles Meyer, vice-président de l’exécutif AFI, fait une entrée en matière originale et pertinente : il s’appuie sur les textes de la pensée juive enjoignant à tout témoin d’actes de déraison humaine, où qu’ils adviennent, de prendre la parole et de les décrier.

Cela permet à Mère Agnès de faire le lien en ajoutant « mais celui qui dit la vérité… »

Voilà le cœur du sujet. Mère Agnès prend la parole. Elle se raconte de façon claire. Son père est un Palestinien de Nazareth réfugié au Liban, où elle est née. Elle a connu dans sa jeunesse le Flower Power et les Hippies, l’Inde le Gange, les voyages et l’évasion. Quand la foi se révèle à elle, elle ne fait pas les choses à moitié : vingt-deux ans d’enfermement parmi les carmélites déchaussées.

Elle a lu tout ce que l’on dit d’elle dans la presse européenne. Elle s’en révolte et analyse cette volonté de délégitimer son propos comme un refus absolu d’écouter, et surtout d’entendre, le récit véritable des horreurs du terrain.

Sa présence inattendue à France-Israël s’explique par les refus des instances européennes, tous niveaux confondus, de lui donner la parole. Elle ne vient pas prendre parti. Elle tient absolument à témoigner, elle veut simplement décrire la fin violente de la communauté chrétienne d’Orient, celle qui est aux sources originelles du christianisme.

Mais les oreilles et les officines sont closes. Cela rappelle la chape de plomb qui recouvre la réalité du processus d’éviction définitive des 900 000 juifs des pays arabes.

Ces territoires devenus Judenrein, au sinistre souvenir, se préparent, dans le silence concerté des grands de ce monde et des bien-pensants, à devenir Christianrein !

Avec les yeux grands ouverts du témoin visuel, elle raconte le sort cruel réservé aux chrétiens de la ville de Homs, les tonnes d’or razziées, dans les souks d’Alep, aux bijoutiers arméniens, leurs biens détruits et totalement pillés. Ils ne savent où se refugier entre Charybde et Scylla, entre Syrie et Turquie.

Elle raconte la destruction de synagogues vieilles de 2000 ans, vestiges de la présence ancestrale et fructueuse des Juifs en Syrie. Sans s’attarder sur l’antisémitisme-antisioniste viscéral et violent du régime bassiste cautionné par la famille Assad, Mère Agnès précise que ces synagogues étaient protégées par le pouvoir et encore en fonction. On pouvait les visiter, même si elles avaient été vidées de leurs occupants légitimes.

Elle raconte les églises brûlées, les viols systématiques de femmes par les révolutionnaires, car, explique-t-elle, selon la charia, la prise des femmes est un droit au plaisir du combattant.

Mère Agnès affirme que le gros des troupes de combattants est formé de mercenaires salafistes barbus, financés par les milliardaires des pays voisins soucieux d’en finir avec la dynastie des Alaouites, dont l’islam est jugé trop modéré.

Ces combattants sont, dit-elle, des barbares sans foi ni loi, recrutés dans toute l’Europe. Ils viennent de Suède, de Grande Bretagne, de France et se permettent comme ils l’ont déjà fait à Tombouctou, de détruire complètement Alep, une ville pourtant reconnue patrimoine mondial. Bâtiments, foyer culturel, rien n’est épargné.

Des soldats de l’armée régulière passés à la révolution se sont mis, dit-elle, au service du combat pour l’établissement de la charia. Les véritables combattants républicains sont étouffés et réduits au silence, comme dans d’autres pays du printemps arabes. Mais personne ne veut l’entendre.

Elle n’occulte pas pour autant les excès de la famille Assad. La situation des chrétiens de Syrie est celle des minorités en terre arabe : « entre les acteurs de la révolution actuelle et le pouvoir en place, cela revient pour nous à choisir entre la peste et le choléra ». Critiques à fleuret moucheté, car elle retourne en Syrie, son lieu de vie.

Mère Agnès poursuit en un appel vibrant au sauvetage du foyer originel du christianisme. Elle appelle à l’aide – fait surprenant – l’Etat d’Israël, qui se doit d’être le recours à la protection de la foi et des croyants.

Un dialogue sans concession s’instaure dès lors avec la salle. Les chrétiens présents se demandent ce que fait le Vatican, ce qu’attendent les chrétiens de par le monde pour attirer l’attention sur ce massacre ignoré.

Très rapidement cependant, car l’hôte de la conférence est l’association France-Israël, le flot de questions se porte sur les relations israélo-syriennes : leur passé, leur présent, leur avenir. Que peut faire Israël, dont toute action d’aide à la Syrie serait aussitôt décriée de par le monde et considérée comme une volonté d’étendre sa présence et son pouvoir ?

Mère Agnès est interpellée par la salle – parfois avec rudesse – sur la place faite en Israël aux minorités arabes de toutes confessions. Quand elle raconte sa version de la vérité syrienne actuelle, Mère Agnès rencontre le même silence que celui qui occulte les actes démocratiques d’Israël, où des Arabes sont au Parlement à la Cour Suprême et dans toutes les sphères de la société, y compris le Parlement.

Dialogue étonnant dénué de toute hypocrisie diplomatique.

La salle questionne, agresse parfois, Mère Agnès répond sans se dérober. Son analyse se cantonne toutefois volontairement sur le plan de la foi. Pour elle, Israël doit rester pour les hommes de foi du monde une lumière, un exemple que pour sa part, dit-elle, elle accepte de suivre sans réserve.

Une très longue soirée, riche de rencontre, de dialogue et d’étonnement, qui devrait être le début d’un dialogue à poursuivre. Mère Agnès a surpris l’auditoire par sa qualité d’analyse, sa disponibilité à répondre à tous les questionnements, sa conviction d’une vie de paix possible, mais gravement compromise à cause du manque de discernement des grands de ce monde.

Mère Agnès convient de l’utilité d’aborder dans cette enceinte le problème israélo-arabe (israélo-palestinien corrige-t-elle) lors de son prochain passage à Paris.

Cette réunion a connu un franc succès et malgré l’heure tardive, les conciliabules enflammés se sont poursuivis dans les couloirs du métro : les participants en voulaient encore.

A chacun de se faire une idée selon sa conscience. Merci à France-Israël d’avoir permis cette rencontre, dans le respect du droit à la liberté d’expression et d’échange, des ingrédients bien rares, au demeurant.

Josiane Sberro © Primo Info, 25 mars 2013

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Pensée Totalitaire

Publié par le 18 mar 2013 dans Actualités | commentaires

Conquérir le pouvoir

Gramsci, écrivain et politicien, fut, en 1921 l’un des fondateurs du parti communiste italien. Il considérait que l’avènement du socialisme ne devait pas passer par la violence mais par le combat culturel. Il fallait faire émerger une classe d’intellectuels soutenant et défendant les thèses de gauche, afin de soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante et conquérir le pouvoir.

En France, l’émergence après la seconde guerre mondiale d’une classe d’intellectuels de gauche autour de Sartre, Foucault, Bourdieu, Althusser, Aragon etc.., souvent compagnons de route ou proches du parti communiste, a validé sur le terrain la théorie de Gramsci.

Il s’est ensuivi une évolution progressive des esprits par un grignotement, graduel mais terriblement efficace de toute forme de pensée dissidente. Cet activisme participant plus tard aux idées de mai 68 a conduit la France, ainsi qu’un certain nombre d’autres pays, à la situation que nous vivons depuis deux à trois décennies.

L’application de cette conception gramscienne de la conquête du pouvoir a permis de réussir un coup extraordinaire, parvenir en quelques décennies à réaliser ce que l’URSS n’était pas parvenu à faire en 70 années d’oppression de ses peuples : un lavage intégral, accepté et réussi des cerveaux de gauche et des cerveaux de droite. Aujourd’hui, plus encore avec une gauche omnipuissante au pouvoir, l’idée même d’une pensée non conforme à la doxa est devenue une abomination. Toute personne qui pense autrement que ce qu’on lui demande de penser, est rejeté.

Ses points de vue sont rarement diffusés dans les journaux, elle est quasiment interdite dans les médias audiovisuels sauf pour la mettre à mort, elle a du mal à faire publier ses ouvrages par des éditeurs reconnus, elle fait l’objet dans les cercles à la mode de sous-entendus perfides ou de moqueries, et peu ont le courage d’élever leur voix contre cette mise à l’écart.

Vous avez juridiquement tort…

On pouvait prévoir cette évolution dès 1981, lorsque, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, le socialiste André Laignel déclarait à l’opposition : « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ». C’était l’amorce d’une forme de pensée totalitaire, c’était l’illustration de la façon dont la gauche concevait la démocratie. Ce même état d’esprit prévaut aujourd’hui avec une gauche qui détient encore plus de pouvoirs qu’elle n’en détenait en 1981, en réalité tous les pouvoirs.

Majoritaire à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les régions, soutenue par la plupart des journaux, expliquée dans la plupart des médias audiovisuels, forte dans les organisations syndicales et dans les systèmes associatifs…elle a juridiquement raison partout.

C’est l’infiltration généralisée d’une pensée totalitaire qui peut conduire à tous les excès.

Une occupation bien tranquille

Quelle différence fait-on en 2013, entre un vieux monsieur1 qui proclamait en 2011, dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, que « L’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d’art…[..].. » et un autre vieux monsieur2 (tout aussi indigne, ndlr Primo) qui affirmait en 2005, dans le journal Rivarol, que l’occupation allemande n’avait pas été « particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés » ?

Eh bien, le premier reçoit à sa mort un honneur national en mars 2013, en présence et avec la participation du président de la République, et le second, voué aux gémonies et rejugé après une cassation, est condamné par la cour d’appel de Paris en février 2012, à trois mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.

La pensée totalitaire permet de tout légitimer.

Une pétition irrecevable

Quand une manifestation rassemble plus d’un million de personnes pour demander un débat approfondi sur le grave problème de société que constitue de mariage des couples homosexuels et l’adoption, que fait le pouvoir en place ?…Il n’en tient pas compte, ou plutôt si, il fait diviser par 4 ou 5 le nombre des manifestants afin de minimiser l’importance de la réaction populaire… Il est bien sûr détenteur de la vraie pensée.

Quand une pétition recueille 700 000 signatures et souhaite utiliser la possibilité offerte aux citoyens, à condition que 500 000 signatures soient réunies, de saisir le conseil économique et social pour qu’il donne « son avis sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe et son contenu », sujet majeur de société, que fait son président ? Il demande la permission au Premier ministre artisan du projet de loi, qui s’empresse évidemment de faire répondre que la pétition est non-recevable.

La pensée totalitaire permet de tout justifier.

Casseurs et casseurs

Que fait-on quand un jeune homme qui avait participé en octobre 2010, à Châteauroux à une manifestation contre la réforme des retraites et lancé des pierres dans les vitres de la préfecture ?

Il est qualifié de « casseur » et condamné en février 2013 à 4 mois de prison.

Mais quand des casseurs « sociaux » lors de mouvement sociaux détruisent des biens publics que fait le Sénat, à majorité de gauche et donc qui ne peut pas se tromper parce que majoritaire ? Il décide le 27 février 2013, presque le même jour que la condamnation du jeune, d’annuler les condamnations pénales et les sanctions disciplinaires, pour les atteintes aux biens commises entre le 1er janvier 2007 et le 1er février 2013 et passibles au maximum de cinq ans de prison.

L’égalité de tous devant la loi, serait-elle bafouée ? Non certes puisque la majorité a juridiquement raison.

La différence entre le Hamas et les djihadistes du Nord Mali saute aux yeux

La pensée totalitaire s’est aussi insinuée dans les esprits en politique étrangère. Il n’y qu’une seule bonne façon de voir les choses.

Lorsque la France a déclenché l’opération Serval au Mali, un site très à gauche, Médiapart, a publié le 14 janvier 2013 un point de vue de Lucas Martin sur son Blog3, s’interrogeant sur la différence entre les buts de l’opération au Mali encensée par la gauche, plébiscitée par la droite, le centre et les médias au grand complet, avec les opérations qu’Israël déclenche quelquefois contre les terroristes qui menacent ses villes et ses civils. « Je ne peux m’empêcher de constater, écrivait-il, que lorsque Israël se défend contre les missiles envoyés par les terroristes du Hamas de Gaza sur les villes de Jérusalem et de Tel-Aviv, les médias français crient à l’agression israélienne. Pourtant, dans ce cas aussi, il ne s’agit que de combattre des terroristes qui désirent tuer des civils. »

Ce qui est intéressant est l’expression de cette pensée totalitaire, à laquelle d’ailleurs Médiapart contribue largement qui s’illustre dans la réaction d’un lecteur : « La différence entre le Hamas et les djihadistes du Nord Mali saute aux yeux. Le Hamas est confiné dans Gaza et lutte contre le talon de fer d’Israël : les spoliations, le blocus, les massacres de civils. ..[..]… En outre, sauf erreur, le Hamas n’applique pas la charia. Les djiadistes sont des envahisseurs qui imposent la charia aux populations. Ils détruisent le patrimoine artistique. Ils coupent des mains. Ils violent des femmes, massivement. Combien d’Israéliennes ont été violées par des membres du Hamas ?… »

Il n’y a rien à ajouter.

Nous sommes à la fois hélas dans le monde de Gramsci et dans celui de Nietzsche selon lequel « il n’existe pas de vérité mais des interprétations.. ».

Mais nous sommes dans un monde d’interprétation unilatérale…toutes les autres sont mauvaises.

Fabien Ghez © Primo, 18-03-2013

 

  1. Stéphane Hessel []
  2. Jean-Marie Le Pen []
  3. Mali : le Gaza français []
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Mission protestante et sionisme

Publié par le 11 mar 2013 dans Chroniques | commentaires

A propos du dossier Israël-Palestine de Mission N°227

Le DEFAP, le département missionnaire des protestants français, publie le mensuel d’information « Mission ». Le numéro 227 de janvier/février 2013 comportait un dossier sur le conflit israélo-arabe. Un dossier dont bon nombre d’éléments dénotent un antisionisme radical, le même antisionisme que celui qui prévaut au Conseil Œcuménique des Eglises (COE) et qui imprègne l’idéologie des membres de son Programme d’Accompagnement Œcuménique en Palestine et Israël (EAPPI).

Le dossier sur « Israël-Palestine » dans le Mission N°227 de Janvier-février 2013 ne peut passer inaperçu.

Défendre et mettre en valeur les équipes EAPPI est une cause on ne peut plus honorable. La situation des Arabes palestiniens est depuis des dizaines d’années un scandale de longue durée.

Ce qui pose problème dans ce dossier, c’est le fait que la cause de ce scandale est présentée d’une façon (trop) évidente comme venant, à la base, exclusivement d’un sionisme fondamentalement illégitime et immoral, depuis son origine jusqu’à aujourd’hui.

On peut penser que le sionisme est fondamentalement illégitime et immoral. Mais dans ce cas il faut assumer ce choix et ne pas tenter de le fonder sur une analyse historique biaisée qui se voudrait objective.

Or plusieurs éléments de ce dossier font appel à des éléments de l’histoire du conflit qui, pour le moins, prêtent à caution.

En premier lieu, Jean Pileur explique que la Palestine a subi une « invasion » d’immigrés juifs préjudiciable à cette terre et à ses habitants. Or dans le même temps, la Palestine a connu une forte immigration venant des pays arabes voisins, notamment d’Egypte, mais aussi de Syrie, du Caucase, du Maghreb, etc… Quand il écrit que pendant que la population juive a été multipliée par 11, la population arabe ne l’a été « que par 2 » en une trentaine d’années, cela démontre une erreur d’analyse démographique. Une population qui double en 30 ans, à cette époque, c’est plus qu’exceptionnel.

Le taux d’accroissement fut du côté arabe particulièrement élevé, correspondant pour l’époque à une forte natalité et une très forte immigration, simplement exceptionnelle. En 1948, près de la moitié de la population arabe de Palestine était formée d’immigrés de la première ou de la deuxième génération. Il ne fallait avoir habité la Palestine que depuis deux ans seulement pour être déclaré réfugié arabe en 1948-49 auprès de l’UNRWA.

Cela n’est pas un détail, quand on sait qu’au 18ème siècle et jusqu’au milieu du 19ème siècle, la Palestine était une région d’une grande pauvreté, terre d’émigration, avec une population en baisse. C’est pour une bonne part l’essor apporté par le sionisme qui inversa les flux migratoires non-juifs en Palestine.

Soit « l’invasion » juive est illégitime, comme le laisse entendre l’article, et dans ce cas l’immigration arabe, caucasienne etc… l’est aussi, soit elle ne l’est pas, et dans ce cas le problème palestinien est ailleurs.

L’entreprise sioniste, au début du 20ème siècle, est montrée comme une entreprise agressive, violente. En un raccourci trompeur, on lit que « les nouveaux venus [juifs]… se lancent dans le terrorisme » contre les Arabes. Il y a « l’outrecuidance agressive des sionistes ». Ce cliché raccourci est erroné d’un point de vue historique.

La violence fut d’emblée la réponse des Arabes face aux implantations juives, ce dès le tout début du 20ème siècle. Il a fallu attendre le milieu des années 1930 pour que naisse un terrorisme juif, en réponse à des décennies de violence antijuives et de massacres. Il n’est aucunement question ici de trouver une quelconque justification au terrorisme juif. Seulement, il est faux de dire que le mouvement sioniste est à la base, au départ, un mouvement violent et agressif.

Nous sommes bien d’accord sur le fait que le développement du sionisme en Palestine a posé et pose encore de sérieux problèmes d’ordre politique, social et économique. Ce développement n’est pas sans injustices.

Mais le cours des événements aurait pu être différent sans la culpabilité des uns et des autres.

Force est de constater que toutes les tentatives de concilier le développement sioniste et le développement arabe en Palestine s’est heurté à l’intransigeance arabe contre tout compromis d’une part, et à l’intransigeance sioniste pour une souveraineté juive séparée d’autre part. Intransigeances aggravées par un fossé culturel considérable entre les deux camps.

Le mouvement national arabe palestinien, c’est ainsi, fut dominé dès les années 1920 par le clan Husseini, violemment antijuif, contre les modérés et le clan Nashashibi, davantage enclins à un compromis. Ce conflit n’est pas complètement compréhensible sans l’intégration du racisme antijuif, à la fois culturel et religieux, très présent dans une large part du monde arabe, chrétien comme musulman, et ce bien avant l’avènement du sionisme. ‘’L’enfant mort-né’’ était le surnom donné aux Juifs au début du 20ème siècle en Palestine.

Le rejet d’une souveraineté juive en Palestine par les Arabes n’était pourtant pas forcément inéluctable, en témoigne les négociations entre les dirigeants sionistes et le Roi Abdallah de Jordanie, homme de paix isolé dans le camp arabe (il fut assassiné en 1951 par un homme de main du clan Husseini).

Un dernier point de l’article de M. Pileur pose problème. Il écrit que les armées arabes ont attaqué l’Etat d’Israël naissant pour « venir au secours des Arabes de Palestine ». Là encore, il s’agit d’un regard erroné sur l’histoire du conflit.

Cette invasion arabe n’était pas défensive, mais une agression annoncée, préparée, revendiquée, assumée, dont le but était de mettre un terme à l’existence de l’Etat d’Israël naissant. Quant aux toutes premières violences du conflit, au lendemain du vote de l’ONU en novembre 1947, elles sont venues du côté arabe, qui a manifesté logiquement son refus du Plan de partage.

Monsieur Alexandre confirme cette approche erronée de l’histoire quand il écrit « La guerre, en dépit de l’intervention d’armées arabes venues secourir les Palestiniens,…. ». Cela ne correspond pas à l’histoire. La réalité historique est « Malgré l’appui de 4 armées arabes, les milices arabes de Palestine n’ont pu mettre un terme à l’indépendance de l’Etat d’Israël. » On peut tordre dans tous les sens l’histoire, les faits sont têtus. Les Juifs ont accepté le Plan de partage et leur action militaire était avant tout défensive.

Quant à « l’exode forcé de 700.000 des leurs », voici ce qu’en dit Sari Nusseibeh dans son livre ‘’Il était un pays, une vie en Palestine’’. Dans ce livre, Sari Nusseibeh, l’actuel Président de l’Université arabe de Jérusalem Al Qods, sur la base des mémoires de son père (nationaliste arabe ayant vécu le conflit aux premières loges, il perdra une jambe en combattant les sionistes), rapporte : « Beaucoup d’Arabes furent expulsés sous la menace d’une arme même si bon nombre d’entre eux quittèrent leurs foyers de leur propre chef (comme souvent lorsque s’annonce un conflit ou une catastrophe naturelle) en supposant qu’ils y reviendraient, sitôt le calme rétabli. Ils ne se doutaient pas de ce qui les attendait. Ben Gourion estimait leur expulsion nécessaire, or la guerre [déclenchée par les Arabes, faut-il le rappeler] rendait la chose faisable. L’ordre en fut donné par des politiciens et des militaires qui cherchaient avant tout à rendre leur Etat démographiquement viable ; pas par des bandits remplis de haine. »

On a le droit de croire que le sionisme et l’Etat d’Israël sont illégitimes (contre le vote de l’ONU), mais il faut alors l’assumer, le dire clairement, et surtout sans prendre des libertés avec l’histoire.

Dans son article, Jean-Luc Blanc évoque la paranoïa pathologique des Juifs en citant Gabriel Banon. « Les racines de la victimisation et de la persécution remontent à des années lumières. On les trouve déjà dans les récits bibliques. Elles se transmettent à travers les générations et se perpétuent… »

C’est vrai, on se demande pourquoi les Juifs cultivent cette paranoïa. En plus, c’est un Juif qui le dit… Tout cela n’est pas très sérieux. Il suffit d’étudier un peu l’histoire du peuple juif pour se rendre compte qu’il a un destin plus que singulier sur cette question, et il n’est pas très malin d’en faire un peuple de quasi malades mentaux.

« …la majeure partie des Israéliens est convaincue que, s’ils en avaient les moyens, les Arabes jetteraient tous les juifs à la mer. », ce qu’aucun parti politique palestinien n’a jamais dit. »

Je vous laisse découvrir des extraits de la charte de l’OLP (toujours en vigueur) et du Hamas. Il est vrai que pour l’OLP, ce n’est pas tous les Juifs qui seraient rejetés à la mer, mais seulement ceux arrivés après le début de l’invasion sioniste, à la fin du 19ème siècle !… (article 6).

Quant à la Charte du Hamas, elle prône le djihad pour libérer toute la Palestine ainsi que l’assassinat des Juifs.

Quand on voit ce qu’un Saddam Hussein a pu faire contre ses propres citoyens (gazage à grande échelle de Kurdes et de chiites), quand on voit comment les Libanais ont pu se massacrer entre eux, comment un Bachar el Assad peut massacrer sa propre population, quand on entend le délire mystico-meurtrier d’un Ahmadinejad, on se dit : quelle idée bête en effet de penser que les Juifs risqueraient quoi que ce soit si jamais ils devenaient inférieurs militairement et perdaient une guerre !

Le portrait que dresse M. Blanc de Yasser Arafat ne peut que laisser perplexe. Il lui reproche « sa tendance à fermer les yeux sur la corruption qui l’entourait… ». Mais il était lui-même aux commandes d’un système très corrompu, qui a fait de lui une des plus grandes fortunes mondiales. Il souhaitait « un Etat palestinien de démocratie populaire, où vivraient sans discrimination Juifs et Arabes… ».

Qui peut croire un tableau aussi angélique ? Même les observateurs les moins enclins à une quelconque sympathie pour Israël admettent son ambiguïté, son double discours en arabe (haine des juifs, éradication de l’entité sioniste, promotion du terrorisme etc…) et en anglais (paix, démocratie, etc…). Il y aurait beaucoup à dire sur le personnage.

Face à cet homme épris de paix et de démocratie, les sionistes et l’Etat d’Israël ne peuvent qu’apparaître effectivement comme d’horribles fauteurs de guerre, ennemis de la paix. Vision simpliste mais efficace.

Gilbert Charbonnier s’inquiète de l’avenir des chrétiens en Terre Sainte. Il a raison. Le problème est que pour lui, le fait que cet avenir soit compromis n’est dû qu’à l’occupant israélien. « A terme, l’occupant israélien a le pouvoir de réduire la Palestine-Israël à une Terre sainte de pèlerinage chrétiens, vidée de ses occupants chrétiens. Mais c’est un péché. Et je crois à la victoire de la justice et de la réconciliation. »

Hélas ce diagnostic ferme les yeux sur un danger bien plus grave pour les chrétiens de Palestine. Quelques faits, bien réels : La population chrétienne de Jérusalem-est entre 1948 et 1967, sous administration arabo-musulmane, a été divisée par deux. Depuis 1967, elle a augmenté. La population chrétienne de Bethléem a chuté dès lors que la ville est passée sous administration de l’Autorité palestinienne au début des années 1990. Le seul pays du Proche-Orient où la population arabe chrétienne augmente, c’est Israël.

Comprenne qui pourra. Mais une erreur de diagnostic engendre fatalement de mauvaises solutions. L’antisionisme radical est une très mauvaise solution au problème des chrétiens du Proche-Orient.

Enfin dernier point problématique du dossier. M. Charbonnier dit qu’« il y a les fanatiques islamistes, jihadistes, mais aussi les sionistes juifs et chrétiens. » Mettre ainsi sur le même plan d’égalité des fanatiques meurtriers et des sionistes juifs et chrétiens n’est ni juste, ni sérieux. Cela opère d’un antisionisme ‘’démonologique’’.

Mais M. Charbonnier et le journal Mission savent-ils bien ce qu’est le sionisme, ce qu’est être sioniste ? Le sionisme est le mouvement politique et religieux né au 19ème siècle qui a œuvré à la restauration nationale du peuple juif en Palestine et par là même, permit la création de l’Etat d’Israël.

Aujourd’hui est sioniste, juif ou pas, celui qui croit légitime l’existence de l’Etat d’Israël, votée en 1947 à l’ONU, et souhaite sa pérennité, sans pour autant approuver toute sa politique. Est sioniste celui qui est favorable à l’existence d’un Etat juif en Palestine. A sionisme, le Robert dit « mouvement politique et religieux visant à l’établissement puis à la consolidation d’un Etat juif en Palestine ». A sioniste, il dit « favorable au sionisme ».

En Israël, par exemple, le parti Meretz de gauche, très enclin à la paix avec les Arabes palestiniens et contre les implantations juives illégales en Cisjordanie, est qualifié à juste titre de parti de la « gauche sioniste’’, car revendiquant et défendant l’existence de l’Etat d’Israël.

Itzhak Rabin et Shimon Pérès, prix Nobel de la paix avec les Accords d’Oslo, sont des dirigeants israéliens sionistes fondateurs de l’Etat hébreu.

Etre sioniste ne signifie pas être forcément partisan du Grand Israël (de la Méditerranée au Jourdain), loin s’en faut. Etre sioniste ne signifie pas approuver toute la politique israélienne, notamment dans les territoires palestiniens. Certains même la combattent vigoureusement, au non du sionisme même.

De nombreux non-juifs sont sionistes, notamment parmi les catholiques et les protestants. Parmi les plus célèbres, citons le philosophe Jacques Maritain, ou Jacques Ellul. Les Amitiés judéo-chrétiennes ‘’regorgent’’ de catholiques et de protestants sionistes, pasteurs, prêtres et laïques.

Parmi les musulmans sionistes, c’est à dire favorables à l’existence de l’Etat d’Israël (il y en a soyez-en sûr), il en est même de très convaincus et militants, comme l’universitaire musulman italien Cheik Abdul Hadi Palazzi, sunnite, ou encore Cheik Abdul Aziz Bukhari, qui dirigea l’Ordre soufi en Israël (décédé en 2010). Citons encore le village arabe musulman israélien Abou Gosh, sioniste dès la première heure. Il y en a en réalité bien plus qu’on ne pense, en Israël et hors d’Israël, mais anonymes bien souvent par peur de représailles. La majorité des Arabes de Jérusalem préféreraient être citoyens israéliens plutôt que citoyens d’un Etat arabe palestinien.

Il y a différents degrés dans l’adhésion au sionisme. On peut être sioniste plus ou moins sceptique, sans grande conviction, on peut être sioniste modéré, sioniste militant, ou encore bouillant, voire extrémiste ou fanatique. Mais cette malheureuse phrase de M. Charbonnier laisse entendre que c’est quelque part un ‘’crime’’ d’être sioniste.

Cette phrase n’est pas anodine.

Elle n’est pas une erreur. Elle est cohérente avec l’ensemble du dossier qui exprime, à travers ses articles, une opinion : le sionisme et l’Etat d’Israël sont illégitimes et immoraux, dès le début. Anomalie ou erreur de l’Histoire, on en déduit qu’ils ne devraient pas exister. Pacifiquement… Dont acte.

En conclusion, nous croyons que cette approche manichéenne du conflit ne sert pas la paix. Elle conforte le camp arabe palestinien dans un éternel rôle de victime innocente, reculant ainsi son accession à un statut de peuple responsable politiquement et économiquement. En réalité, il nous apparaît plutôt que le peuple arabe palestinien est d’abord otage de l’antisionisme radical, depuis le début.

Elle diabolise le sionisme et l’État d’Israël, cultivant ainsi des ressentiments qui ne peuvent rester sans effets dommageables, c’est le moins qu’on puisse dire. Cette approche contribue à radicaliser tout le monde.

Luxeuil les Bains, le 3 mars 2013

Jean-Daniel Chevalier © Primo, 11-03-2013

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